Victoire, la mobilisation a payé : après un an de retard, la ministre de l’Agriculture a fini par signer l’arrêté interministériel permettant au nouveau Nutri-Score d’entrer en vigueur. Depuis sa création, le logo nutritionnel est sans cesse bloqué par les lobbies de l’industrie agroalimentaire, auquel le gouvernement a récemment semblé avoir un peu trop tendu l’oreille. C’était sans compter sur la ténacité de Foodwatch et de sa communauté : on vous raconte.
Nouveau Nutri-Score : faire front et gagner face aux lobbies
Mi-mars, l’équipe Foodwatch écoutait avec consternation et colère les propos décomplexés de la ministre de l’Agriculture Annie Genevard sur le nouveau Nutri-Score. Répondant à la question d’un sénateur, elle déroulait le tapis rouge aux lobbies du lait (Lactalis, Danone & co) et de la charcuterie, mêlant confusion et fake news à propos de la révision du logo nutritionnel. Surtout, elle avouait sans scrupule bloquer la signature de l’arrêté interministériel permettant l’entrée en vigueur du Nutri-Score renforcé, au mépris de la science et de la santé.
Décryptage : la ministre de l’Agriculture bloque le Nutri-Score
Inadmissible pour l’équipe Foodwatch, qui lançait alors une alerte à la presse et une action d’interpellation de la ministre. En moins de 72h, plus de 20 000 emails ont été envoyés à Annie Genevard, l’obligeant à rétropédaler et à signer l’arrêté.
De toutes parts, scientifiques, médecins, associations de consommateurs et de santé sont montées ensemble au créneau pour démonter le discours aberrant de la ministre et souligner l’absurdité pour une membre du gouvernement non seulement de bloquer une mesure de santé publique, mais en plus en répétant les arguments des lobbies.

Cet épisode de la saga Nutri-Score montre que les politiques ne peuvent reprendre en toute impunité les arguments fallacieux des lobbies pour bloquer une mesure de santé publique sans déclencher une vague d’indignation et de mobilisation des consommatrices et consommateurs.Chargée de campagnes foodwatch France
Nouveau Nutri-Score : de quoi parle-t-on ?
Des chercheur·ses indépendant·es des sept pays ayant adopté le logo nutritionnel (France, Allemagne, Pays-Bas, Espagne, Belgique, Suisse, Luxembourg), regroupé·es dans un comité scientifique chargé d’évaluer l’efficacité et la cohérence du Nutri-Score, ont mis au point des changements pour mieux noter les produits dans les rayons.
Après la révision de l’algorithme du Nutri-Score pour les aliments en juillet 2022, ce comité scientifique a mis à jour l’algorithme des boissons en mars 2023. Ces changements étaient prévus dès la conception du Nutri-Score en 2017, afin de prendre en compte les progrès des connaissances scientifiques en matière d’alimentation, les évolutions des produits dans les supermarchés et l’utilisation réelle, par les consommateurs et consommatrices, du logo dans les rayons. Pour faire court, la présence de sucre, de sel et de gras est encore plus sanctionnée, ainsi que celle d’édulcorants.
Nouveau Nutri-Score : l’industrie agroalimentaire à surveiller de près
Avec l’entrée en vigueur du nouveau Nutri-Score, s’ouvre une période de transition de deux ans, pendant laquelle les industriels pourront mettre à jour la notation de leurs produits. S’il y a dans le lot des industriels qui jouent déjà le jeu et s’attèlent à mettre à jour l’information nutritionnelle donnée sur leurs produits, des rumeurs enflent sur les industriels qui décideraient de laisser tomber le Nutri-Score.
A l’automne dernier, l’abandon par Danone du logo nutritionnel pour certaines de ses marques avait provoqué un tollé médiatique et poussé plus de 20 000 personnes à interpeller le géant de l’agroalimentaire ainsi que les autres qui seraient susceptibles de suivre ses pas. Dans une émission sur le Nutri-Score, la cellule d’investigation de Radio France révélait récemment que Danone pourrait abandonner le logo nutritionnel sur toutes ses marques. En cause ? Le nouvel algorithme n’aurait pas la préférence du géant des produits laitiers, qui pourrait passer d’une stratégie du « Nutri-Score à la carte » à supprimer totalement l’information nutritionnelle donnée sur ses produits. Inadmissible pour Foodwatch.

Disons les choses clairement : que ce soit Danone, Bjorg ou plus récemment Cristaline et ses eaux sucrées, abandonne le Nutri-Score au prétexte que leurs produits ne sont pas assez bien notés revient à faire passer leurs profits avant l’information donnée aux consommatrices et aux consommateurs et avant leur santé.Chargée de campagnes foodwatch France
La nouvelle version du Nutri-Score arrive dans les supermarchés et la mobilisation citoyenne a déjà prouvé qu’elle peut gagner : il y a urgence à continuer de sonner les cloches des industriels, afin que ceux qui l’utilisent déjà le conservent et que ceux qui ne l’affichent pas encore s’y mettent.

Nutri-score en Europe, pourquoi est-ce important qu'il devienne obligatoire?
Pour aider les consommateurs et consommatrices à faire des choix d’alimentation plus sains, foodwatch se bat pour rendre le Nutri-Score obligatoire en Europe. Pourquoi? Quels sont les enjeux ?
Malgré les obstacles politiques, la dynamique s'amplifie. Les consommatrices et les consommateurs et la société civile font pression pour que l'étiquetage des aliments soit clair et facilement accessible. Chez Foodwatch, nous continuerons à nous battre pour un Nutri-Score obligatoire dans toute l'Europe, car savoir ce qu'il y a dans notre alimentation ne devrait jamais faire l'objet d'un débat !
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